Biographie… vous avez dit biographie ?

 

Quand Carlos Ruiz Zafòn fait parler ses personnages de biographie...

"Le labyrinthe des esprits" est à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Club lecture de l'Association À portée de mots.

Surprise ! Il y est question de biographie, dans le cadre d'une intrigue palpitante et féroce que nous vous laissons bien sûr découvrir par vous mêmes...

Les extraits ci-dessous sont tirés d'un dialogue entre l'avocat Fernando Brians et l'écrivain-journaliste Mataix in "Le Labyrinthe des esprits" - Actes Sud, 2018 pour la traduction française par Marie-Christine Vila Casas .

[...]

  • Avez-vous déjà songé à écrire une biographie ? demanda l'avocat.
  • Non. J'écris des romans.
  • Certains vous diraient qu'il n'y a pas plus romanesque que la biographie.
  • A l'exception possible de l'autobiographie, admit Mataix.
  • Précisément. En tant que romancier, vous admettez qu'en dernier ressort une histoire est une histoire.
  • En tant que romancier, je n'admets que les acomptes. En liquide, si possible.
  • Nous y viendrons. Mais, bien que ce ne soit que pour bavarder, une chronique est composée de mots, de langage, n'est-ce pas ? (Mataix soupira).
  • Tout est composé de mots et de langage, répondit-il. Même les sophismes d'un avocat.
  • Mais qu'est-ce qu'un écrivain, si ce n'est un travailleur du langage ? interrogea Brians.
  • Un individu privé de perspectives professionnelles dès lors que les gens cessent d'utiliser leur cerveau et qu'ils se mettent à penser avec leurs tripes, pour ne pas dire autre chose.
  • Vous voyez ? Même dans le sarcasme, vous utilisez des tournures élégantes.
  • Pourquoi n'en venez-vous pas au fait, Monsieur Brians ?
  • Mon client n'aurait pas mieux dit. [...] Son épouse est l'une de vos lectrices assidues. Elle aime votre façon d'écrire. Surtout les histoires d'amour. Les autres, pas autant. [...] Ce document, très rudimentaire d'après ce qu'on m'en a dit, vous servira de documentation et de point de départ. Votre devoir est de rédiger une biographie exemplaire du personnage à partir des données qui vous seront fournies dans ces pages. Vous disposez d'un an. Après la relecture des notes du client, vous disposerez de six mois supplémentaires pour intégrer les changements requis, corriger votre texte et préparer un manuscrit prêt à être édité. Vous n'avez pas à signer le livre et personne n'a besoin de savoir que vous en êtes l'auteur. Si vous me permettez un commentaire, c'est la cerise sur le gâteau. Au fait, votre silence et le mien sont des conditions requises pour la transaction.
  • Pourquoi ?
  • Peut-être aurais-je dû vous préciser d'entrée de jeu que l'ouvrage sera une autobiographie. Vous rédigez à la première personne et mon client la signera.
  • J'imagine que vous avez déjà le titre.
  • Provisoire. Moi, XXX. Mémoires d'un financier espagnol. Je crois que toutes les propositions seront admises. [...]

3 Comments

  1. Marie sur septembre 10, 2018 à 9:16

    Un livre top ! je recommande…

  2. Marie Christine Vila sur octobre 10, 2019 à 3:10

    Bonjour,

    Je tombe par hasard sur votre blog… Une simple petite réflexion : quand on cite une traduction, la moindre des choses est de citer le nom du traducteur, en l’occurence de la traductrice, non ? Simplement parce que sans son travail, vous n’auriez pas eu accès au texte probablement.

    Cordialement
    MC.V.

    • Myriam sur octobre 13, 2019 à 11:03

      Chère Madame,

      Vous avez parfaitement raison, et voilà qui est rectifié…

      Je suis d’autant plus navrée de cet oubli que j’avais mentionné votre traduction dans l’article annonçant en juin 2018 la tenue de notre Club lecture autour du Labyrinthe des esprits, puis dans celui d’octobre 2018 en faisant le retour.
      Sachez que nous avons discuté de ce point précisément lors de notre temps d’échange, les précédentes traductions de l’espagnol en français étant toutes de François Maspero, décédé en 2015. Nous avons noté la “reprise de flambeau” par une traductrice et nous nous sommes interrogées sur la difficulté de l’exercice, tout particulièrement dans le cas d’une longue fidélité entre un auteur et son traducteur ; nous nous sommes demandé ce que ce changement avait impliqué, tant pour l’auteur que pour sa nouvelle traductrice – par ailleurs auteure elle aussi.

      Nous sommes une toute petite et jeune association de la métropole bordelaise. Notre siège social est basé au Lieu-dit Bouchet, un hameau de l’Entre-deux-Mers en Gironde, qui fait partie de la commune de Grézillac. Notre bureau regroupe une équipe de 4 femmes et amies aux horizons professionnels variés, toutes passionnées par la lecture, les récits de vie, l’écriture. Animer un Club lecture, participer à des ateliers, faire vivre un blog… autant d’engagements bénévoles que nous nous efforçons d’assurer avec régularité et exigence, ce qui n’est pas toujours facile car nos autres occupations sont nombreuses ! Ceci, dans la limite de nos moyens et compétences.

      Nous serions très honorées de pouvoir discuter avec vous de votre pratique d’auteure et de traductrice.

      Merci d’avoir parcouru les pages de notre site, bien cordialement,

      Myriam Cavanié,
      pour l’Association A portée de mots.

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