Je me souviens #1

 

Retour sur un atelier d'écriture proposé par Isabelle Rossignol dans le cadre du module "Oser écrire" d'Aleph écriture.

La consigne : après avoir lu des textes de Joe Brainard, Georges Perec, Jean-Jacques Salgon, et listé des souvenirs en nous centrant sur des lieux précis où nous avons dormi, il nous est demandé de choisir deux souvenirs de notre liste et d'écrire pour chacun un texte de 1500 signes espaces compris maximum. Ces textes devront donner à voir et à sentir comment était ce lieu, sans entrer dans une écriture explicative et/ou introspective. Il ne s'agit pas de raconter le souvenir en lui-même mais de faire exister ce lieu...

" Une ferme aux volets verts, à proximité d’un village de demi-montagne en Auvergne. J’ai choisi pour mes sept ans d’installer ma chambre dans le grenier. La petite taille de la lucarne, son orientation plein nord et le bois grossier du plancher rappellent la destination première de l’endroit. Aujourd'hui comme hier, je ne suis que de passage dans ce «vrai lieu» de mes racines terriennes. Je retrouve sans hésiter le rituel des vacances : tourner la grosse clé de l’armoire et sortir un à un chaque objet. Geste après geste, me réapproprier l’espace étroit de la chambre. Poser le lion en plâtre de ma grand-mère sur le buffet. Installer sur la table de nuit le plumier noir de ma mère, son encrier, une petite lampe à l'abat-jour désuet avec, juste à côté, un gros réveil à ressorts qui laissera comme chaque fois échapper dans un soupire un ultime tic-tac avant d'être remonté. Laisser ma main glisser le long du lit, sentir le rugueux des draps qu'il faudra réchauffer avec une bouillotte en terre cuite au moment du coucher. M'étendre sur l'édredon de plumes et m’amuser à suivre de l’index ses interminables arabesques. Percevoir au loin le cliquetis léger des souris régnant sur ce qu’il reste du grenier. Revivre mes peurs la nuit tombée, quand la silhouette des meubles prenait vie tandis que le lion, les écoliers du plumier, les longues branches moussues des sapins tout autour et les aiguilles du réveil venaient me chatouiller dans mon lit. Redevenir la petite fille indépendante de sept ans, éprise de ses trésors cachés. Me dire avec bonheur que cet endroit est mien à jamais... "

 

2 Comments

  1. Manu sur décembre 21, 2019 à 5:41

    Bel endroit. C’est où en Auvergne ?

    • Myriam sur décembre 22, 2019 à 2:30

      Les Bois Noirs, au pied du Montoncel (1 287 m) dans les Monts du Forez… un très bel endroit en effet !

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